Interview de Jean Blézon, Président du Mouvement de Solidarité Démocratique

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Joël Ettien (J. E.) : Bonjour Monsieur Blézon (J. B.), Je vais dans un premier temps, vous demander de vous présenter.

J.B. : Je suis Jean Blézon, j’ai quatre-vingt six ans ; je suis Ivoirien qui aime profondément son pays ; je vis en France depuis de très longues années et comme vous l’avez indiqué, je suis le Président du Mouvement de Solidarité Démocratique (MSD) qui a été créé le 18 juin 2016, à Genève.

J.E. : Pourquoi ce mouvement a-t-il été créé ?

J.B. : Nous avons créé ce mouvement pour ce qui se passe dans notre pays. Depuis 2011, notre pays connaît une descente aux enfers. Des Ivoiriens sont emprisonnés à cause de leurs opinions politiques, il y en a de milliers qui sont en exil depuis plus de sept ans dont nombreux y sont déjà décédés. Les populations sont divisées ; il n’y a ni justice ni liberté et le peuple souffre énormément. Quand nous voyons une telle situation, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. En tout cas, même le geste d’amnistie du 6 août dernier ne répond pas aux attentes.

J.E. : Mais il y a de nombreuses associations qui ont vu le jour par rapport à ces mêmes problématiques. Ne serait-ce pas une autre association de plus ?

J.B. : Justement non ! Des Ivoiriens observent que la situation dans notre pays n’est pas vivable. Des Ivoiriens sont expropriés de leurs terres et le comble de tout ce qui se passe dans le pays, est que les habitations sont détruites sans solution de rechange. Dernièrement, c’est un cimetière qui a accueilli des Ivoiriens, comme abri. Cela est inacceptable. Et de telles choses ne doivent pas continuer.

J.E. : Mais ça, c’est l’affaire des politiques non ? Ou bien vous voulez investir carrément le champ politique ?

J.B. : D’abord, ne mélangeons pas tout. Avant d’aller plus loin, il me plaît déjà de rappeler l’objet de notre mouvement. « Le MSD a pour objet la défense des droits et libertés de tout citoyen. Il compte œuvrer pour la défense des droits des femmes et des enfants ». Mais il faut surtout dire que face à ce qui arrive à notre pays, nous ne pouvons pas accepter les atermoiements, l’inertie, les égos et surtout l’inaction des forces politiques. Nous avons trouvé que devant la crise très grave qui frappe notre pays, il fallait travailler à briser toutes les barrières, les méfiances et les divisons qui ne confortent que les acteurs du système qui met notre pays à genoux.

J.E. : Voulez-vous alors jouer le rôle des partis politiques ? Ou s’agit-il d’attirer seulement vigoureusement leur attention ?

J.B. : Cela fait longtemps que nous attirons l’attention des partis politiques à prendre les responsabilités qui sont les leurs en vain. Des Ivoiriens ont donc réfléchi et ont mis en place ce mouvement. Cette plateforme qui comprend aussi des politiques, est un espace qui entend capitaliser les atouts de la société civile et par extension toutes les forces vives du pays y compris ceux qui militent dans des partis politiques. Il faut aussi dire qu’à cause des intérêts toujours propres à eux, les partis politiques sont trop rigides et

moins réactifs dans leur fonctionnement. Or les souffrances des Ivoiriens n’attendent pas.

J.E. : Comment voulez-vous procéder exactement ?

J.B. : Les institutions de notre pays ne fonctionnent plus. La corruption gangrène les espaces de décisions. Il y a l’opulence et la gabegie à certaines échelles quand le peuple broie du noir. Quand un pays est bloqué parce qu’il n’y a pas de démocratie ; parce qu’il n’y a pas de transparence dans les élections, que le pays échappe aux populations, la seule solution pour régler cette situation de grande crise est la transition.

J.E. : Mais comment voulez-vous parvenir à la transition alors que le pouvoir a des milices et que l’armée n’est pas républicaine ?

J.B. : Nous y avons longtemps réfléchi. Moi j’ai 86 ans. Mais je ne dors pas à cause de la situation de mon pays. Je vous dis qu’il ne faut pas que nous minimisions nos forces. Qu’est-ce qui est essentiel aujourd’hui ? Ce n’est pas de partager des gâteaux qu’on n’a pas. Il s’agit de reprendre notre pays. Nous devons donc tous et toutes nous mettre ensemble, au-delà de nos sensibilités et de nos différences, pour imposer une transition et nous le pouvons. Parce que nous estimons que les grandes questions que nous avons évoquées plus haut nécessitent un règlement par consensus.

J.E. : Mais pourquoi voulez-vous agir seulement maintenant ?

J.B. : Vous savez, il y a plusieurs phases dans l’installation d’un mouvement, surtout de ce type. Mais nous travaillons depuis. L’été dernier par exemple, j’ai passé trois mois au pays et j’ai rencontré plusieurs acteurs politiques et d’autres forces. Au niveau des partis politiques, j’ai constaté de nombreuses réticences et une arrogance chez certains. Ce qui est important, c’est que nombre de nos thèmes sont repris aujourd’hui comme le « Sursaut national ». Et les lignes commencent véritablement à bouger grâce à des campagnes et des messages discrets ou publics que nous adressons à tous ceux qui sont concernés par le devenir du pays. Maintenant arrive le moment des actions.

J.E. : Que projetez-vous de faire maintenant ?

JB. : Nous avons un calendrier. Le 22 septembre 2018, nous aurons une grande réunion publique d’informations à Paris ; le 17 novembre 2018, un colloque se tiendra également à Paris, auquel prendront part des Ivoiriens de sensibilités différentes, venant de plusieurs pays y compris de l’Afrique. C’est à ce moment que nous donnerons le ton pour dérouler notre dynamique qui va provoquer la transition, afin de mettre fin aux dérives que nous avons énoncées plus haut.

J.E. : Vous savez que le paysage politique est très complexe. Autant il y aura de nombreux Ivoiriens qui vous suivront parce que ce que vous dites est sensé autant il y aura des partis politiques qui voudront aller aux élections. Que feriez-vous face à de telles velléités ?

JB. : Tout parti politique qui se constitue, aspire à prendre le pouvoir et à l’exercer. Le FPI vient de terminer son Congrès. Et il affiche clairement qu’il ira aux élections présidentielles à condition d’avoir des organes électoraux

transparents. Le président Bédié qui reçoit des visiteurs d’horizons divers se sent auréolé et compte également engager le PDCI dans les élections de 2020. Je pense que tout cela manque de sérieux. Car c’est à cause du manque de professionnalisme des politiques que nous en sommes là. Vous avez vu dans quelles conditions la CNC, le Front du Refus et autres ont vu le jour. Tout ça manque de sérieux. La division ne fera que reconduire Ouattara qui ne veut pas d’une CEI soit consensuelle malgré ce qu’il a annoncé dans son allocution du 6 août. Qu’attendre d’un dictateur ? Il faut travailler à abréger la souffrance des Ivoiriens. C’est l’intérêt du peuple qui doit primer sur des avantages égoïstes. Au fur et à mesure du « porte à porte » que nous faisons, les rangs de ceux qui adhèrent à nos idées grossissent rapidement. Ce qu’ils craignent, c’est surtout la récupération. Et nous serons vigilants pour que le respect réciproque soit de mise. Unissons-nous donc pour imposer la transition démocratique dans notre pays. Les preuves sont nombreuses qui montrent que ce pouvoir ne permettra jamais d’élections démocratiques quoi qu’il puisse raconter. La Communauté internationale s’en est elle-même rendue compte.

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